Il n’y a rien dans l’utérus

Like
Like Love Haha Wow Sad Angry
41

Le titre de ce billet peut paraître marrant, étrange, déplacé. Pourtant cette phrase est devenu mon cauchemar et ma réalité. Un article pas très rigolo, loin de la bonne humeur habituelle. On peut se demander pourquoi je raconte ça, pourquoi je parle de mon intimité, pourquoi je n’essaie pas simplement d’oublier, de sourire et de passer à autre chose. Et je vous répondrais que si parler d’utérus vous dérange, alors passez votre chemin. J’ai besoin d’en parler parce que ça me fait du bien. J’ai besoin d’en parler parce que justement personne ne le fait par pudeur certainement. Et surtout j’ai besoin d’écrire pour passer à autre chose (mettre des mots sur mes maux comme on dit).

Alors si tu es resté attentif jusque là et que les mots : utérus, trompes de Fallope et ovaire ne te font pas peur, je vais te raconter mon histoire.

J’ai du mal à trouver un point de départ à cette histoire alors je vais commencer par ce jour de début décembre où, après quelques jours de retard et quelques symptômes que j’ai pris pour des symptômes pré menstruels, j’ai décidé de faire pipi sur une petite bandelette (oui c’est une façon de dire « j’ai fait un test de grossesse urinaire »).

Et contre toute attente, je vois le petit + apparaître. Je sais pas vraiment si j’étais contente mais j’étais tremblante. Tout se mélange dans ma tête. C’est allé si vite ! (Trop vite peut être). Du mal à réaliser, étrangement j’étais pas confiante (enfin pas si étrange que ça quand on connaît mon caractère angoissée mais je crois qu’au fond je le sentais pas).

4 jours plus tard, direction le laboratoire d’analyses pour la fameuse prise de sang. Les résultats arrivent à l’heure du déjeuner par internet (c’est beau la technologie). Et dès que je vois le taux, mon cœur s’emballe, je sens que quelque chose est pas normal. Pourtant je n’avais jamais vu de résultat de test de grossesse. Pressentiment ? J’appelle la sage femme qui me suit. Et mes angoisses sont renforcées :  » vous êtes sûrs de votre date d’ovulation ? Le taux me paraît bas, pas anormal mais il va falloir surveiller, refaite un test dans 10 jours » .

Impossible d’attendre 10 jours. Je lis sur internet que le taux doit doubler toutes les 48 à 72h. J’attends donc 72h. Et je refait une prise de sang. La matinée est infernale. Je regarde si les résultats sont en ligne tous les quart d’heure. Je suis en panique. Je tiens plus en place. J’espère tellement que mes doutes sont infondés. Je me dit à moi même « si le taux augmente normalement, après tu arrêtes de stresser, c’est bête et inutile ».

L’heure du déjeuner arrive, j’appelle mon chéri, je lui dit qu’il faut qu’il vienne me chercher, je veux rentrer à la maison, je suis vraiment pas bien. A peine arrivée chez moi, le visage fermé, je check à nouveau les résultats. Le verdict est sans appel. Le taux n’a pas changé. Il a même très légèrement diminué. Mes craintes sont confirmées. Quelque chose cloche. J’appelle à nouveau la sage femme : » c’est sûrement un œuf clair ou bien une fausse couche précoce, vous savez ça arrive plus souvent qu’on le croit. Allez faire une échographie, on saura ce qu’il se passe. »

J’appelle donc, entre 2 sanglots, l’echographiste. Par chance, c’est l’heure du déjeuner, les secrétaires ne sont pas là, je tombe directement sur le médecin. Je lui explique. Sa réponse m’inquiète encore plus :  » ça peut être une grosse extra utérine, rapellez dans 10 minutes et voyez avec les secrétaires si vous pouvez avoir un rendez vous aujourd’hui ou demain. Sinon allez aux urgences, ça peut être très grave« .

J’obtiens un rendez vous le lendemain. Étrangement je dors bien mais le réveil est brutal de tristesse, de peur, d’incompréhension. L’attente du rendez vous est long. Je pleure beaucoup. Je me demande si c’est les hormones. Enfin l’heure de l’echographie. Après quelques minutes le résultat « il n’y a rien dans l’utérus ». Son diagnostic téléphonique est juste. Suspicion de grossesse extra utérine (GEU pour les intimes). Douleurs dans le ventre quand il passe la sonde à droite au niveau de la trompe et de l’ovaire. Mais rien d’observable. C’est trop tôt ou trop caché.

Ce médecin, appelle les hôpitaux pour savoir où on peut me recevoir rapidement. On peut croire que l’histoire s’arrête là. Mais pas du tout. Elle ne fait que commencer. Et là je dois dire que j’ai été plus que déçue par les urgences, les internes, bref l’hôpital. Je trouve qu’ils n’ont pas fait leur travail. Après une attente pas si longue mais qui semble interminable dans ma situation (sachant que dans la salle d’attente des urgences gynéco, les femmes viennent pour accoucher, moi je fait tache avec mon ventre plat, ma tristesse, ma jalousie des ces femmes au gros bidou que je ne serais peut être jamais) l’interne me reçoit. Gaston Lagaffe plutôt. Grand, tout mou, maladroit, pas sur de lui, bref la personne qui vous mets en confiance … Ou pas. La seule chose qu’il a fait de bien c’est de me dire « madame, vous n’y êtes pour rien, vous n’avez rien fait de mal » (oui la culpabilité est énorme, encore aujourd’hui, j’en veux à mon corps de m’avoir trahi). Pour le reste il a été nul. Il a fait venir son supérieur parce qu’il savait pas grand chose. Titulaire désagréable et inhumain. Bref je suis reconvoquée le lendemain pour des prises de sang (beaucoup) et si mon taux ne varie toujours pas et si on voit toujours rien à l’écho, ce sera traitement médicamenteux. Oui c’est tout ce que je sais à ce moment là. Aucune explication sur ce traitement, il savait pas … (Je veux bien qu’il soit interne et qu’il apprenne son métier mais quand même !)

Arrivée aux aurores le lendemain, je suis reçue pas 2 internes (celle de nuit et celle qui prends la relève pour la journée). Pas beaucoup plus de tact que la veille. A priori elles ont séché les cours de psychologie … La première me fait les prélèvements sanguins. Elle me loupe, me pique dans les 2 bras, me laisse un bleu énorme dans le creux du coude … Mais je ne dis rien, je veux juste que ça se termine. Après 2h, les résultats arrivent. Je n’ai même pas passé le pas de la porte du bureau de l’interne qu’elle me dit « aucun changement sur votre taux, retournez dans la salle d’attente, une infirmière va venir vous chercher pour l’injection » .

J’ai finalement eu cette fameuse injection de MTX à 13h, une semaine jour pour jour et presque heure pour heure après le test urinaire.

Je n’ai jamais été vraiment triste pour ce « bébé » parce que ça n’en était pas un. Mais j’ai tout de suite paniqué à l’idée d’une récidive, d’une potentielle infertilité dite secondaire. Je sais que c’est « la faute à pas de chance » et sûrement « une erreur de parcours ». Je sais que m’en vouloir ne résoudra rien et ne changera rien. Mais j’ai terriblement peur, j’ai l’impression que le sort s’acharne et surtout je n’imagine pas ma vie sans avoir d’enfant. Tout ça tourne en boucle dans ma tête.

Les premières semaines ont été très douloureuses. Je suis devenue parano des femmes enceintes (j’en voyais partout où que j’aille). Je sais qu’il y en a certainement toujours eu autant mais que j’y prêtais simplement pas attention. J’ai toujours des moments difficiles. Quelques mots peuvent faire monter les larmes en quelques secondes. Je reste fragile. Mais je sens que le temps fait son œuvre et que je relève la tête. Avec l’espoir que tout cela ne soit qu’un faux départ vers ma nouvelle vie …

Like
Like Love Haha Wow Sad Angry
41
About

6 Comments

  • Sophie 17 février 2020 at 19 h 32 min Reply

    Oh non ! Courage à toi !
    Tu as eu raison d’écrire cet article, c’est libérateur !
    Gros bisous à toi ! ☺️

    • Anaïs 18 février 2020 at 15 h 55 min Reply

      Merci pour ton petit mot ! On croise les doigts !

  • Audrey 18 février 2020 at 11 h 13 min Reply

    Coucou Anaïs
    Un petit mot pour te soutenir ! Ce que tu as vécu n’est vraiment pas cool et parfois le personnel soignant manque vraiment de tact… En tout cas j’espère vraiment de tout cœur que la prochaine fois sera la bonne.
    Des bisous
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

    PS : Tu es en Une sur Blogs Campus !

    • Anaïs 18 février 2020 at 15 h 55 min Reply

      Merci pour l’info 😉 j’avoue ne pas y avoir été depuis quelques jours !

  • Justine 23 février 2020 at 17 h 37 min Reply

    Ma douce… Encore une fois, je t’envoie le maximum de bonnes ondes que je puisse t’envoyer virtuellement. Même si ça ne sert sûrement pas à grand chose… En ce qui concerne le personnel hospitalier, rien ne m’étonne, bien qu’il ne faille pas faire de généralités, c’est souvent compliqué… Même si parfois, on peut comprendre et puis aussi, quand on traverse quelque chose de si difficile, c’est dur de voir la gentillesse et la bienveillance, mais on en manque cruellement, je sais bien…
    Je ne sais pas trop quoi te dire pour te soulager, je n’ai absolument pas envie de te donner des conseils alors que tu n’en as pas demandé. Je te souhaite juste de relever la tête. Tu as déjà traversé tout ça et c’est simplement la preuve que tu es extrêmement forte, crois-moi ! Et NE CULPABILISE SURTOUT PAS ! Vraiment… C’est inutile, il n’y a aucune raison et ça te fait encore plus de mal. Ce genre de choses arrivent sans qu’on ai rien fait et rien demander alors ne t’en veux pas !
    Je te souhaite le meilleur, l’apaisement et que tous tes rêves se réalisent. Gros bisous <3 <3

    • Anaïs 27 février 2020 at 10 h 19 min Reply

      Merci pour ton commentaire ! La vie reprends son cours et j’essaie de rester le plus positive possible pour la suite !

      1

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.